Publication – Vécu des risques littoraux et comportements d’adaptation : Quels liens ?

Par Colin Lemée
Le port de L'Aiguillon-sur-Mer

Les régions littorales sont des territoires à forts enjeux, à la fois très peuplées, généralement plus développées que l’arrière-pays (en raison du tourisme, mais aussi des activités industrielles et commerciales liées à la mer), elles sont dans le même temps particulièrement exposées aux risques naturels et au changement climatique (GIEC, 2007 ; Meur-Férec, Deboudt, and Morel 2008 ; Vinet et al. 2012). Alors, qu’en est-il de la perception de ces risques et de leurs enjeux par les habitants eux-mêmes ? Comment vivent-ils les risques d’inondation par la mer ? L’érosion côtière ? Existe-t-il un lien entre la conscience des risques littoraux (c.-à-d. la culture du risque) et les opinions ? L’expérience personnelle ou rapportée d’une catastrophe joue-t-elle sur les comportements d’adaptation et la volonté d’aller de l’avant pour protéger sa commune et son patrimoine ?

Voici quelques-unes des questions que nous nous sommes posées dans le cadre de cet article qui vient conclure la recherche EVADRISK menée auprès d’habitants de zones à risque littoral sur la côte vendéenne (hors zones noires Xynthia). Pour découvrir la publication dans son intégralité, rendez-vous sur : ce lien ou faites-en la demande par mail à colin.lemee@gmail.com.

Expérience des risques et comportements d’adaptation / protection :

Face à des catastrophes naturelles et à des événements climatiques qu’ils ne maîtrisent pas (ou bien peu), les individus entretiennent souvent un sentiment d’impuissance, teinté d’anxiété, de colère ou de tristesse (Lopez-Vazquez et Marvan, 2004 ; Lemée, 2017) : ce sont ces mêmes sentiments que nous ressentons dans une situation où le contrôle est faible. Plutôt que de percevoir ces événements comme des défis à relever, ils constituent des crises, difficiles à appréhender, et à surmonter.

Est-ce que c’est aussi le cas avec l’inondation par la mer et l’érosion côtière ?

Pour tester cette hypothèse, nous avons interrogés le vécu et les comportements mis en place par plus de deux cents habitants du littoral vendéen, résidant à l’année sur une zone à risque d’inondation ou de submersion (hors zone noire Xynthia), en interrogeant leur expérience personnelle (événement vécu), rapportée, et leur exposition perçue aux risques.

Résultats :

L’expérience personnelle ou rapportée des risques littoraux (érosion comme submersion) ne s’accompagne pas seulement d’anxiété, de rumination, ou d’impuissance perçue. Au contraire, expérience et exposition perçue s’accompagnent dans les deux cas – érosion comme submersion – d’une volonté plus forte de se regrouper, sous forme associative ou autre et de s’impliquer plus activement dans l’adaptation face à ces risques. Pourquoi cela ? Un tour par les entretiens nous renseigne à ce sujet : les risques littoraux s’inscrivent dans l’histoire de ces lieux, tout comme la mer en est l’élément central et souvent moteur. Le risque est accepté, sans trop de difficulté (si ce n’est lors de quelques périodes charnières de l’année durant lesquelles l’anxiété peut prendre le dessus : les fameuses saisons des tempêtes), ce qui favorise ici le passage de la perception à l’action, qu’il s’agisse de recherche d’information, de recherche de soutien social (regroupement associatif ou autre), ou d’adaptation du bâti.

Quels autres facteurs sont impliqués ?

Le ressenti psychologique et le vécu ne sont pas les seuls facteurs impliqués dans la recherche de moyens de protection. D’autres facteurs (la qualité du bâti, la distance à la mer, les pratiques et l’ancrage au territoire, etc.) jouent également un rôle dans ces comportements. De futures publications avec l’équipe brestoise du LP3C aborderont ces sujets. N’hésitez pas à me contacter sur ce sujet.